- L'Ado-Naissance -
sur ce q'avait été ma foutu vie jusque là et surtout, surtout, j'arrêtais
Y'avait du gris partout qui soufflait sur les murs. Super triste et super froid. C'était comme si tout vivait puis mourait d'un seul coup dans cette fichue société-là. Dans cette ville-là je veux dire. Il devait être à peine dix-huit heure et Justine rentrait de l'école. C'est elle qui me l'a raconté - je l’avais pas raccompagné cette fois- ci par j’étais malade, une grippe si vous voulez savoir. Elle m'a dit que, chaque soir, à chaque fois qu'elle rentrait chez elle, comme ça, toute seule, comme un p'tit moineau de rien du tout, elle se sentait comme isolée de tous le monde, tout l'temps perdue et tout. Paumée quoi. Elle avait tout juste dix-sept ans -comme moi- et bon dieu, on le voyait trop bien que quand elle marchait, c'était comme la jeunesse innocente qui se brûlait, qui se crevait dans sa solitude et tout. Elle avait jamais connu l'amant, jamais éprouvé le moindre sentiment. C'était l'ado-naissance dans toutes les grâces de sa puissance, l'effervescence sans l'offense et tout ça, tout ça sous ses pas qui piétinaient ses larmes de sang, à jamais déchirées de toute son obéissance.
Et puis y'avait les oiseaux dans le ciel qu'elle me disait, sûr qu'elle aurait voulu les rejoindre, voler tout là-haut et tout et voir le monde comme il est beau et courir à en perdre haleine sur les couleurs vertes et rouges et bleues et jaunes et roses de l'arc-en-ciel. Alors c'est là qu'un des oiseaux multicolore a brusquement surgit dans ce monde si noir si blanc. Il déchira le ciel, et comme un papillon sur une épaule, alla se déposer, vous devinerez jamais où : juste devant un banc où y’avait un gars et sa nana qui s'embrassaient et tout. Ouais. Ils étaient deux, amour-eux, enlacés et tout et tout. Leurs mains, leur bouche, leurs lèvres, putain, on aurait dit qu'ils s'embrasaient comme un seul feu et que ce même feu il parcourait chacune des veines de leur corps. Elle, elle était blonde comme une déesse de la grèce qui aurait eut des cheveux d'or et tout, et lui, lui c'était un de ces supers beaux gars brun, un sacré foutu prince charmant qu'on lit dans les contes quand on est tout petit pour nous endormir et tout -et ce, même si on n‘a pas sommeil. Alors Justine, ce qu’elle a fait, c’est qu’elle est passée, comme ça, devant le gars et sa nana, sans même les regarder, je veux dire, ces damoiseaux et damoiselle de la ville.
Justine vivait chez ses parents. A ce qu’elle me disait, ça se passait pas toujours super bien. Ce soir-là, quand elle est rentrée, elle avait pas posé la main sur sa poignée de sa porte d’entrée qu'on entendait du millième étage -au moins- les cris de ses vieux. Alors Justine, ce qu'elle a fait Justine, c'est qu'elle a couru jusque dans sa chambre et elle s’est jetée sous les couvertures et vite vite elle a monté le son de la télé pour plus les entendre, ses vieux. Elle regardait la téloche sans vraiment la voir parce que le film qui passait, il était tellement romantique que Justine, elle s'imaginait que justement, c'était elle dans les bras de l'autre, du héros toujours super beau je veux dire. Dans ces moments-là Justine était à fleur de peau. A fleur de vie aussi. Et vachement mélancolique et tout. Elle se créerait un monde nouveau où tout serait beau, une bulle magique et indestructible pour se protéger de toute ses solitudes et où elle s'inventerait des histoires d'amour sous perfusion et tout. C'était comme un endroit mystique où elle tuait et criait à toutes ces tempêtes qui hurlaient dans sa tête. Et puis, seule dans sa chambre, et sous les étoiles, la musique à fond dans ses veines, elle s'agenouillait et priait. Et ce soir-là, c’est exactement ce qu’elle a fait. Elle m’a dit qu’elle priait pour une vie nouvelle. Et meilleure. Elle priait pour les bijoux providentiels, pour la gloire éternelle et le fait d'être une méga star super aimée de tout le monde où tous seraient à ses pieds et devraient satisfaire à ses moindres désirs et besoins. Elle rêvait d'amour. Elle rêvait d'un monde sans bombes, sans tombes.
Alors c'est là que vient la nuit. Y'a Justine toute seule, recroquevillée et qui s'est endormie. Mais au milieu de cette même nuit, elle se réveille pour pleurer et crever ces putains de cicatrices qui la consument de l'intérieur un peu plus chaque jour et chaque nuit. Elle mime plein de gestes, comme si elle avait un amant qui lui donnait des tonnes de baisers interdits et tout. On voit même ses lèvres bouger comme si elle l'embrassait, l‘amant invisible je veux dire, comme si elle s'enlaçait dans son corps et qu'ils se serraient forts, super fort dans les bras l'un de l'autres. Waouh, c'était drôlement triste et émouvant -et beau aussi- de la voir comme ça, surtout qu'a à un moment donné - et c'était obligé- elle a ouvert les yeux et elle s’est rendu compte de la réalité. que tout ça, que ce fameux amant, eh ben, il existait pas, et qu'il y avait rien que du vide entre ses bras. Je dis bien rien que du vide. Et puis c'est à moment qu'elle a fait ce truc terrible auquel je m'attendais pas. Ce qu'elle a fait, c'est qu'elle a mis ses bras en croix -elle était à genoux sur son lit, le corps en arrière-, et là, elle s'est mise à parler tout haut, comme une sorte de prière ou quelque chose comme ça. Justine, elle se sanctifiait à l'amour, c’était clair. Elle disait que tout ça, tout ces cadavres humains, ces meurtriers en libertés, tout ça, elle n'en voulait plus. Qu'elle n'en pouvait plus. Que elle aussi elle avait droit à son nuage de bonheur; Et c'était vrai. On a tous droit au bonheur. Surtout Justine. Vous trouvez pas ?